Dans les coulisses chromatiques du Bellet : rouges, blancs, rosés… en quelle proportion ?

9 décembre 2025

Un vignoble confidentiel entre mer et montagne

L’appellation Bellet, perchée sur les collines de Nice, déploie ses parcelles face à la Méditerranée, entre vent d’altitude et soleil azuréen. Sur moins de 60 hectares, ses vignes s’accrochent à des pentes raides et caillouteuses, offrant l’un des plus petits AOC de France. Mais dans ce terroir immense par ses contrastes, les couleurs du vin prennent une résonance particulière. Combien de rouge, de blanc, de rosé ? Le Bellet cultive son mystère et ses singularités. Ce voyage sensoriel propose d’explorer avec précision la diversité des vins de l’appellation, leurs répartitions, et les raisons profondes de cet équilibre coloré.

Chiffres clés : la répartition actuelle des vins de Bellet

Au cœur de cette mosaïque azuréenne, la production se compose principalement de trois couleurs, témoins d’un héritage et d’une adaptation au fil du temps.

  • Vins rouges : Historiquement majoritaires, ils représentent aujourd’hui environ 55 % de la production annuelle de Bellet.
  • Vins blancs : Véritables joyaux du cru, ils comptent pour environ 30 % du volume, grâce au cépage Rolle (Vermentino) quasi exclusif.
  • Vins rosés : Fraîcheur estivale, ces vins satellites du rouge totalisent environ 15 % de la production.

Ces répartitions (source : ODG Bellet, CIVP, FranceAgriMer, chiffres 2022) sont susceptibles de connaître de légères fluctuations selon le millésime et l’orientation de chaque domaine. En valeur absolue, cela correspond à un total oscillant entre 1100 et 1500 hectolitres, soit une production annuelle à taille humaine, comparable à un grand domaine bordelais… tout entier !

Rouge, la couleur racine du Bellet

Longtemps, le rouge fut le cœur battant de l’appellation. Élaboré principalement à partir de Folle Noire (ou Fuella Nera) et de Braquet – cépages autochtones à haut potentiel aromatique –, il occupe plus de la moitié de la production actuelle. Dans les années 1980, cette proportion frôlait même les 70 % (source : ODG Bellet, archives historiques).

  • Pourquoi une telle dominante ?
    • La Folle Noire et le Braquet présentent une parfaite adéquation avec les sols de poudingue et le climat tempéré.
    • Traditionnellement, le Bellet rouge (parfois appelé vin de garde de la Riviera) sublimait les spécialités niçoises comme la daube, la ratatouille, ou les gibiers de l’arrière-pays.
    • Un effet de micro-climat : la brise marine tempère la maturation, permettant des équilibres rares entre fraîcheur et maturité.
  • Évolution récente :
    • Malgré son ancrage, le rouge recule légèrement au profit du blanc et du rosé. Les jeunes domaines et la demande touristique amorcent un rééquilibrage subtil de la gamme.

L’éclat du blanc, une identité en pleine ascension

Si le blanc ne représentait, il y a un demi-siècle, qu'une fraction confidentielle (moins de 10 % dans les années 1950-70 selon l’INAO), il connaît depuis trois décennies un véritable renouveau. Aujourd’hui, la production de blanc atteint près de 30 %, surfant sur la tendance des vins frais et aromatiques, plébiscitée par les amateurs.

  • Le cépage roi : Le Rolle (nom local du Vermentino) occupe presque exclusivement la scène, révélant le terroir avec pureté et élégance.
  • Pourquoi cette progression ?
    • La demande du marché niçois et touristique, tournée vers la fraîcheur, les fruits blancs et la minéralité pour accompagner les produits de la mer.
    • Des terroirs frais et bien exposés qui valorisent le Rolle et son équilibre acidité-maturité.
    • Un style recherché en gastronomie : sur des fruits de mer, des linguine aux palourdes ou même une pissaladière, le Bellet blanc s’invite avec caractère.

Ce virage stratégique, combiné à la replantation de vignes dans les zones les plus propices au blanc, pousse certains domaines à dépasser ponctuellement 40 % de blancs dans leur gamme (notamment le Domaine de Toasc et le Château de Crémat).

Rosé de Bellet : le discret mais précieux tiers-couleur

Le rosé, typique des terroirs méditerranéens, occupe une place plus modeste à Bellet qu’en Provence classique, où il écrase la production. Ici, il ne représente qu’environ 15 % du volume, mais se distingue par son originalité : issu des mêmes cépages nobles que le rouge (Braquet en majorité), il allie intensité aromatique et fraîcheur inattendue.

  • Pourquoi cette faible part ?
    • Le terroir de Bellet, peu extensif, préfère réserver ses vieilles parcelles à la production de rouges et blancs d’expression.
    • Le rosé doit rivaliser avec celui de Côtes de Provence toute proche, très valorisé à l’international.

Pour autant, le rosé de Bellet n’est pas un produit de négoce. La pratique du pressurage direct ou de la saignée met en valeur les arômes délicats d’agrumes, d’épices et de pétale de rose, bien loin des rosés technologiques standardisés.

Évolution historique : pourquoi l’équilibre des couleurs change ?

Ce triangle chromatique n’est pas figé. Il s’inscrit dans une histoire longue, marquée par l’arrivée du phylloxéra (qui a décimé jusqu’à 90 % des vignobles à la fin du XIXe siècle), puis par le développement urbain niçois qui a rogné sur les surfaces.

  • Jusque dans les années 1970 : environ 70 % rouge, 20 % blanc, 10 % rosé (données Chambre d’Agriculture 1977).
  • Années 2000 : blanc à 20 %, rosé à 10 %, le reste en rouge (source : INAO, Monographie Bellet, 2005).
  • Depuis les années 2010 : montée du blanc (presque un triplement en 50 ans), stabilité du rosé, recul modéré du rouge.

Ces évolutions tiennent à la fois à des décisions agronomiques (replantations ciblées, valorisation des blancs), à une adaptation au changement climatique (le Rolle y résiste mieux que la Folle Noire à la sécheresse) et à la demande gastronomique croissante de vins blancs pour accompagner la cuisine niçoise qui se modernise.

Significatif aussi, le Bellet est aujourd’hui une des rares AOC françaises à voir sa part de blanc croître, là où le rosé continue d’exploser dans le reste de la Provence (où il atteint parfois 90 % de la production, source : Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence).

Les domaines, artisans de l’équilibre chromatique

La diversité des styles et des couleurs est entretenue par la pluralité des domaines, tous familiaux ou de taille confidentielle. Quelques exemples illustrent la diversité :

  • Domaine de la Source : Réputé pour ses rouges robustes et élégants, il accorde près de 60 % de sa production à la couleur rouge (Source : site du domaine).
  • Château de Bellet : Plus équilibré, investit largement sur le blanc (jusqu’à 43 % du volume certains millésimes, source : dégustations professionnelles, Guide Hachette).
  • Domaine Saint Jean : Met l’accent sur des rosés structurés, revendiquant 25 % de production rosée, bien au-dessus de la moyenne de l’AOC (source : site du domaine).

C’est donc la réunion de toutes ces individualités, reflet des convictions de chaque vigneron, qui dessine chaque année la cartographie chromatique du Bellet.

Des couleurs, un terroir, une histoire en mouvement

Le Bellet, plus que beaucoup d’autres appellations provençales, maîtrise l’art du vin d’assemblage, d’équilibre et de nuance. Sa répartition chromatique est le fruit d’un héritage, mais aussi d’une modernité assumée, adaptée aux envies des sommeliers, des restaurateurs et des amoureux de la Côte d’Azur et de ses tables.

Cette diversité invite à la découverte, à l’exploration sensorielle d’un paysage qui ne cesse d’évoluer : des rouges vibrants pour une soirée automnale entre collines et mimosas, des blancs cristallins pour illuminer une salade niçoise face à la mer, des rosés confidentiels, élégants autant qu’intensément méditerranéens.

Le vignoble de Bellet reste ainsi l’un des plus passionnants laboratoires de la couleur viticole en France, où chaque flacon raconte une histoire, un équilibre, une saison, et un élan vers l’avenir.

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